Grèce

Vagabondages
Chronique d’une première en canyon

8 Août 1987 au KRIARA LAXXOS

Participants :Marie Claude, Evelyne, Jan et Michel Douat et Richard Maire

(Michel Douat Octobre 1987)

Tonton Richard poussait. J’hésitais un peu.
Les autres étaient gagnés par l’enthousiasme du savant fou : se lancer tous les cinq dans un grand canyon inconnu et vierge à 2500 bornes de chez nous, là où personne n’irait jamais nous chercher ... D’ailleurs, personne ne savait qu’on était là....
J’avais surtout des scrupules pour les gamins.
Je les trouvais encore un peu jeunes pour commencer les conneries. Evelyne avait 13 ans, Jan 15. Les rappels et les canyons ils connaissaient, mais quand même ...
Eux, à la veille de la descente, n’avaient pas d’état d’âme en préparant le matos. Pas plus que Marie Claude et Richard. Finalement, me suis-je dis, tu es en train de devenir un vieux con. Faudra que tu te surveilles.
Au petit matin de ce jour là c’est même pas la frénésie des grands jours. Je suis debout à 6 heures. Il fait 4°C comme tous les matins.
En pleine journée il fera 40. Pour le moment je me gèle dans le vent qui descend des Monts Gamila et refroidit trop vite un café qui a du mal à passer. Eux, continuent leur nuit tranquillement …
Je ne sais pas ce qui nous attend.
Il y a huit jours qu’on a repéré le canyon.
On l’a suivi sur un kilomètre, ballade sympa presque horizontale. Après, ça commençait à descendre sérieusement. Sur la carte géologique de Richard, on a pu lire “µ???O??spS???s??” en caractères grecs. Nous l’avons traduit, de façon abusive peut être, par Kriara Laxxos / Fosse aux Béliers. Mais après tout, pourquoi pas?
Huit jours.... C’était avant notre périple dans le Péloponnèse, l’embarquement raté pour la Crête, nos errances sur la cote du Magne, le retour par les grands poljés du Péloponnèse Central, Corinthe, Delphes, les Météores. 2000 km sans but précis, routes de montagnes, bivouacs de fortune dans les fossés, paysages sublimes et chaleur torride.
Et nous revoilà à notre point de départ, dans ces montagnes des Zagoria à quelques kilomètres de la frontière Albanaise, sur le plateau qui domine l’immense canyon du Vickos et ses parois de plus de 1000 m par endroits.
9 heures du matin. On parvient enfin à s’arracher de notre campement de Kazarma à 1800 m d’altitude, à 10 km du dernier village. On amène deux rappels de 60 mètres, 120 mètres de cordes supplémentaires, une brouette de sangles, spits et pitons plus quelques coinceurs et une tonne de quincaillerie pour me rassurer. Jan croule un peu sous un sac qui ne contient pourtant qu’un seul bidon ... mais avec 20 litres d’eau dedans. Il ne va pas s’amuser dans les rappels. Avec ça, il faudra tenir jusqu’à d’hypothétiques sources au fond du Vickos. J’en connais une mais elle est au moins à 2 heures du point d’arrivée possible.
Possible seulement parce que on ne sait même pas où on va arriver au juste. Je n’ai qu’une crainte, c’est que le canyon se termine dans les falaises du Vickos. Celui de Libadi un peu en amont s’est terminé en pleine paroi au-dessus de 450 m de gaz. Béragia Farangi quelques kilomètres en aval est une succession de ressauts de 30 à 70 m étagés sur 1100 m de dénivelée et à peine deux kilomètres de long avec un saut de 300 m en plein milieu...
On a calculé le raid assez large : 24 heures, sans bivouac, en faisant l’impasse sur les néoprènes. Mais là, on ne risque pas grand chose.
En dehors du canyon lui-même, le seul problème risque plutôt d’être le manque d’eau.
Quant au retour, on n’a rien prévu. On improvisera en fonction de l’endroit où on débouchera.
Après un peu plus d’une heure de marche, nous voilà à notre terminus précédent, à 1400 mètres d’altitude, au sommet de la première (vraie) verticale. Là, Evelyne pile net dans un grand cri.
A ses pieds, une énorme vipère est en train d’avaler un oiseau. Sur le coup de l’émotion, elle ne se rend même pas compte que le vrai canyon vient de commencer. Au-dessous de nous, la gorge plonge dans une enfilade vertigineuse de fissures et de pitons. 700 mètres plus bas, au loin, on devine le fond du Vickos. Nous n’avons pas la moindre idée de la morphologie du canyon.
On sait seulement que les ressauts seront nombreux. On espère qu’ils ne dépasseront pas les 60 mètres.
A la base du premier rappel de 16 mètres nous sommes dans un espèce de méandre frais où règne une semi-obscurité. On réorganise un peu les charges. Richard ramène la corde en jubilant.
Il délire sur des relais plein gaz à cinq sur le même spit... La corde tombe à nos pieds avec un bruit mou qui fait quelque chose aux tripes.
“Alea jacta es” et tout le bazar comme il disait l’autre !…
On se regarde, on se distribue les rôles pour la énième fois et on y va... l’angoisse du départ est en train de se dissiper.
Trois petits rappels plus loin, notre méandre tourne à droite. Du sommet d’un éboulis malsain, on aperçoit un trou qui semble plonger à l’infini... L’éboulis n’est retenu que par deux ou trois petits troncs emportés par quelque crue et pliés à l’extrême. On tire un rappel prudent.
En bas, une vire minuscule domine le trou.
On distingue un palier 50 mètres au-dessous mais ça plonge encore bien au-delà.
Une demi-heure plus tard, après avoir éclaté 5 ou
6 spits dans cet impossible calcaire éocène, on attaque la descente: 4 ressauts de 48, 33, 6 et 11 mètres à la suite.
Du plein gaz presque partout et 100 mètres de descente. Photos, croquis et manœuvres de cordes s’enchaînent. Tout semble facile, rodé, habituel.... Les jeunes, sans complexes, se débrouillent bien. La réserve d’eau a déjà pris une grande claque et Jan commence à avoir du roulis dans son sac.
Le vent chaud qui remonte du fond du canyon chasse le semblant de fraîcheur et assèche les gosiers.
Comme convenu, Richard a filé devant avec les gamins et les petites cordes. Marie Claude et moi déséquipons les grandes longueurs et continuons le croquis. Rendez vous à la prochaine grande verticale...
Le canyon s’assagit. Les ressauts se font plus petits. 10 mètres au maximum mais le croquis rempli déjà plusieurs pages du carnet.
Devant, les trois autres ont retiré les rappels et on a souvent du mal à retrouver les amarrages ultra-légers et aériens de Richard : coinceurs (les récupérer si possible), ficellous sur des becquets ou amarrages surnaturels sur des racines douteuses venues d’on ne sait où.
On récupère le maximum de matos mais il faut spiter pour placer nos rappels; alors nous aussi on improvise avec ce qu’on trouve.
Le stock de sangles est en train de fondre dangereusement.
L’altimètre indique encore 1150 mètres. Même s’il délire un peu avec les turbulences du canyon, il nous reste encore 4 à 500 mètres à descendre.
On ne va sans doute pas tarder à retrouver de grandes longueurs.
Complètement assoiffés, on les a rejoint sous un énorme toit au bas d’un toboggan d’où remonte un souffle de forge. Ils ont toute l’eau et nous toute la bouffe. Richard spite. Dessous, il y a du gaz. 50, 60 mètres ou plus. Mais, 28 mètres plus bas, on parvient à prendre pied sur un bout de palier bien plat et ombragé. La fringale nous y arrête.
Ce sera le Palier du Melon, première halte-bouffe véritable depuis le départ. Il est 15 heures et une pastèque de trois kilos y passe. Pas la peine de se priver, Marie Claude et Richard ont pris de la bouffe pour trois jours.
Et c’est reparti vers le fond de cette nouvelle fissure en compagnie d’un petit filet d’eau.
Encore deux ressauts de 32 et 10 mètres pour arriver en bas, puis une interminable succession de petits rappels en fond de canyon. 10 à 12 mètres au plus avec la végétation qui apparaît.
Le temps passe et le canyon s’allonge, beaucoup plus que ne pouvait le laisser croire la proximité du Vickos. A 18 heures nous sommes encore à 900 mètres d’altitude. Mais une grande pente d’éboulis nous fait gagner 100 mètres d’un coup.
Par endroits, on aperçoit au loin le fond du Vickos. Puis arrive une nouvelle série de ressauts, plus hauts que les précédents. Jusqu’à 25 mètres.
Mais quelques arbres pas trop mal placés permettent de tirer des rappels rapides en n’étant pas trop regardant sur les frottements.
Imperceptiblement, le rythme a diminué mais à 19h30 et à 700 mètres d’altitude nous touchons le fond sec du Vickos. Notre filet d’eau s’y perd aussitôt. On s’écroule sur de grandes dalles plates encore chaudes du soleil de la journée.
On quitte les baudriers et on finit les deux litres d’eau qui nous restent. Evelyne agonise sur un caillou. Elle qui a toujours un petit creux n’a même plus envie de croquer les tartines que la mamma lui prépare!...
On a réussi la première du Kriara Laxxos en moins de dix heures. le carnet indique 50 rappels.
Le plus grand fait 48 mètres et on crève de soif !...
Bon, mais c’est pas tout, maintenant il va falloir retourner à la maison, c’est à dire au campement de Kazarma. Et ce n’est pas la porte à côté. On a débouché nettement en amont de l’endroit espéré. A trois heures de marche de la route de Kipi vers l’amont du Vickos et de là, il faudra compter une quinzaine de kilomètres de route et de piste jusqu’à Kazarma. Et tout ça à pied parce que les véhicules sont restés là haut. On peut aussi rejoindre Kazarma en descendant le Vickos pendant une heure puis en remontant son affluent géant, le Megas Laxxos et d’interminables pentes jusqu’au campement. C’est plus court mais plus raide et ça fait quand même une douzaine de bornes de crapahut.
Richard choisit bien entendu cet itinéraire bourrin pour aller au plus vite récupérer les véhicules. Marie Claude, Evelyne et Jan remonteront le Vickos. On espère les retrouver sur la route.
Ils emportent notre unique torche électrique.
Nous, vu l’orientation du Megas Laxxos, on devrait pouvoir profiter du clair de lune pour remonter à Kazarma.
A 0h30, après une galopade effrénée derrière un Richard survolté et une petite halte à une source, nous y sommes. Un tour à la Glacière (c’est une grotte avec névé qui nous sert de frigo) et le stock de bières prend une sérieuse ponction. Puis c’est la piste poussiéreuse avec les deux véhicules à la recherche des trois autres.
Nous retrouvons Jan, un peu zombie, 7 km plus bas, au début de la piste. Les deux filles sont à la dérive un peu plus loin aux prises avec un camionneur grec qui veut leur faire visiter sa cabine … Ils se sont quand même tapé les 10 bornes de caillasses du Vickos puis 7 km de route jusqu’ici.
Pour se remettre de leur marche forcée, ils descendent les trois litres d’eau qu’on a amené.
De là, on file à la source de Tsépélovo.
On boit jusqu’à plus soif. On bouffe, on commente la journée. L’eau est glacée mais on s’y abandonne jusque tard dans la nuit.
Le bonheur, c’est simple comme un bain de pied quand t’as marché dans les caillasses toute la journée...
Le jour se lève presque quand on retrouve Kazarma. C’est beau…………………………………


Expé Grèce 1990 (du 2 juillet au 2 Août)

Morceaux choisis du récit de l'expé.

Participants : Denis Sanciaud, Véro et Bubu Nurisso, Richarg Maire, Mickey Marie Claude et Evelyne Douat.

RETOUR AUX ZAGORIA

Jeudi 5 Juillet (Mickey)

Nous voilà de retour à Kazarma dans les montagnes des Tymfis. Le jour est à peine levé. Notre petit campement dort encore au fond du vallon de Kazarma. La journée d'hier a été longue, rude et pleine d'émotions.
Je monte vers la crête revoir les Gamila au lever du jour. J'attends ce moment depuis trois ans.
Un vent frais, presque froid m'enveloppe quand je passe la crête à cet endroit où le panorama est le plus vaste. Je n'ai pas oublié le passage.
Sous moi, à la verticale, le Mega Laxxos est encore dans les dernières ombres de la nuit.
Au loin, les Gamila s'enflamment au soleil levant. Devant elles, l'immensité des tables et vallons qui descendent vers Kazarma baigne dans une lumière violette où flotte une brume légère.
Dans quelques minutes, dès que le soleil sera là, elle disparaîtra. Dans une heure ce sera à nouveau la fournaise.
Retour au bivouac: le vent fait des vagues dans les hautes herbes du vallon et l'ombre protège encore les dormeurs dans leurs tentes.
Quand le soleil les atteindra, la chaleur les tirera de la nuit et la première journée de notre séjour aux Zagoria commencera.
Elle sera consacrée à l'installation du campement, à l'approvisionnement en eau (7 kms de piste et
4 de route jusqu'au village de Tsépélovo) et à arranger encore la piste par endroits.
Pourtant, en fin d'après-midi, après un débat sur la disparition des dinosaures (!) et une découverte de Bruno : "tu t'imagines, Véro, on est mariés...",
il restera une paire d'heures pour aller repérer le départ d'un canyon vu de loin il y a trois ans.

Pensée du jour dédiée à Véro et Bubu :
"Le mariage est une merveilleuse institution qui permet à deux êtres de supporter ensemble les difficultés qu'ils n'auraient jamais eu s'ils ne s'étaient pas mariés"

Vendredi 6 Juillet (Evelyne)

Après une nuit fraîche, c'est qu'il ferait presque froid cette année, nous nous préparons pour affronter notre premier canyon, celui repéré la veille et qui n'a pas l'air bien méchant. En fait nous ne serons que quatre, car Papa (Mickey) et Bubu sont partis équiper la Glacière qui s'appelle aussi Tripa Ulysse.
Quelques heures et cinq ressauts plus tard, un marteau perdu et une grande frayeur à cause d'une vipère dérangée, nous sommes déjà à la sortie du canyon.
C'est court mais très beau. Sous les yeux indulgents des trois nanas, Denis équipe le dernier ressaut de 10m en spitant avec un caillou...
Elle commence bien l'expé du GSHP !
Ensuite, Il suffit de suivre la vallée jusqu'au village de Tsépélovo où les deux autres doivent nous attendre avec les voitures. La vallée n'est pas bien large et il n'y a qu'un sentier.
Pourtant, quand on arrive au village, ils commencent à remonter le canyon à notre rencontre... Tout faux!... On a du se croiser dans le dédale des ruelles du village.
Premier rendez-vous foireux du séjour.
Mais on s'en tire avec quelques heures perdues et une grosse fringale qui fait croire à la Mamma (Marie Claude) que je suis malade avec la fièvre et tout.
De retour au campement, on se précipite sur la bouffe et ... la douche. Cette année c'est vraiment le grand confort avec ces bidons - douche qu’on laisse chauffer au soleil. Marie Claude, elle, rêve d'une maison à Tsépélovo. Notre palace de Kazarma aux long couloirs herbeux ne lui suffit plus....
Pendant ce temps et avec la complicité de Mickey, Denis prépare une spécialité qui mérite de figurer dans les annales de la cuisine d'épouvante. Cette préparation, connue sous le nom trompeur de “potée de Kazarma”, vous fait d’abord transpirer à grosses gouttes avant de vous plonger dans un état d'hébétement puis vous nettoie l'estomac et tout ce qui s'en suit. Eviter de servir dans des gamelles en alu, elles ne résistent pas.
Denis est la première victime de sa recette.
Après une bonne suée, il a très froid et le délire le prend. On le retrouvera en pleine nuit, à quatre pattes au milieu de la prairie la recherche de ses lunettes de soleil qui sont bien au chaud dans sa tente.

Recette de la Potée de Kazarma (celle qui débouche les lavabos):
Dans une poêle, faire cuire tomates, poivrons, piments (beaucoup de piments) et oignons jusqu'à évaporation de presque tout le jus. Dans une autre gamelle faire frire un bon gros chorizo de chez nous bien épicé. Mélanger le contenu des deux gamelles et laisser encore cuire ensemble quelques minutes. Servir chaud.
Bon appétit et courage.

(Mickey)
Pendant que Denis et ses groupies descendent vers le canyon, on file à la Glacière.
En 87, on savait déjà qu'on avait eu des prédécesseurs. Depuis quelques mois, on sait qu'ils étaient anglais et australiens et avaient nommé la grotte Ulysse Pot. Pour nous ça sera Tripa Ulysse pour rester "local". De toutes façons, glacière est mal venu cette année.
L'entrée qui nous servira de frigo n'est plus occupée que par une petite plaque de glace.
Le grand névé a disparu. On retrouve encore un peu de glace vers -30 mais pas les belles colonnes qu'on connaissait. L'équipement du trou n'est qu'une formalité et il est toujours aussi beau.
Il plaît à Bubu qui y prévoit déjà une séance photo. Moi, ce qui me plaît moins, c'est le courant d'air ou plutôt l'absence de courant d'air.
On équipe jusqu'à -120. C'est là qu'on avait perdu le courant d'air il y a trois ans. On reviendra à la chasse un jour où il y en aura davantage.

Samedi 7 Juillet (Evelyne)

Je suis de mauvaise humeur ce matin.
Réveil difficile, rhume et la mama qui me secoue pour me tirer du coma. En arrivant au coin cuisine, j'apprends que le berger qu'on avait connu en 87 est passé nous voir. D'ailleurs son gros chien blanc est en train de bouffer mon p'tit déj. Ca n'arrange pas mon humeur. Il ne me reste plus qu'à aller chercher autre chose à la Glacière.
Il devait me rester encore un brin de sommeil dans les yeux parce que la dalle en travers, juste en haut du premier puits, je l'ai pas vu, et je me suis pris un de ces pets au casque... J'ai crié. Bubu et Denis sont arrivés. Ils me cajolent .
Refaites moi ça plus tard parce que là, j'ai trop mal au crâne. J'irai plus à la Glacière le matin.
La suite de la journée sera moins mouvementée. On redécouvre le village de Tsépélovo, ses maisons en pierre, ses rues dallées, la place ombragée par un immense platane, et ses habitants mâles attablés aux terrasses des bistros. On découvre aussi l'épicerie d'Alexis Gouris, véritable souk où s'entasse dans une petite pièce presque tout ce dont nous avons besoin. Et ce qu'il n'a pas, “No problem”, il va se le procurer.
En attendant, on s'installe à sa terrasse pour boire un coup parce que lui aussi fait bistro.
On discute, il parle quelques mots de français et un peu plus d’anglais. On lui raconte pourquoi on est là. Il disparaît et revient bientôt avec un épais dossier de topographies de trous que lui ont laissé d'autres spéléos. Moi j'ai cru que les grecs comptaient en pieds mais les spécialistes se sont foutus de moi :
"Eh, reine des pommes, les spéléos ils étaient anglais".
“Ah oui, et alors ?...”
Les heures passent agréablement et on décide d'aller visiter le village de Monodendron et son monastère. Là, le père qui piaffait depuis un moment, nous pique une crise d'identité.
"Mais qu'est-ce qu'on est venu foutre ici ?...".
Cool, old man, on a encore un mois à tirer.

Il faudra l'arrivée de Richard à Kazarma le soir pour le décolérer un peu. Un Richard qui vient de se taper 2500 bornes non-stop depuis la Savoie à travers l'Italie et une Yougoslavie à la dérive. Mickey revit. Il va pouvoir enfin envisager des choses sérieuses, de grandes découvertes.
Moi, je file à la douche. Chacun son truc.

ACTION.....

Dimanche 8 Juillet (Marie Claude)

Lever aux aurores. Les choses sérieuses commencent. On arrive à quitter le campement à 10h 30. Direction le Kriara Laxxos où, en 87, on avait trouvé un grand puits que les z’hommes n'avaient pas descendu. Denis et Bruno vont y descendre. Mickey jubile et nous expose son plan où il ne saurait être question de la moindre minute perdue.
Prévision: on accompagne nos deux vaillants spéléologues, puisqu'ils ne savent pas où c'est et aussi pour leur porter un peu de matos. 3/4 d'heure aller, une heure retour, on casse une petite croûte et on file dans la Glacière pour faire la topo jusqu'au fond et traquer le courant d'air s'il y en a. Bref, on rentabilise un max.
Réalisation: on accompagne Denis et Bruno au Kriarra mais c'est bien plus long que prévu. On casse la croûte à l'ombre près du trou (merci Richard pour avoir pensé à cette chose essentielle). On attend que les deux compères soient assez loin dans le puits avant de repartir. On remonte en prospectant ici et là. Véro, Evelyne et Mickey trouvent des trous et finalement quand on revient au campement il est déjà 17h. Goûters gigantesques, douches et pendant que certains s'attaquent à la préparation du repas du soir, les autres vont se faire un peu d'escalade.
Evelyne rentre en râlant. Elle se sent lamentable. Elle n'a pas pu passer la "Voie du Porche" de la Glacière. C'est quand même un bon 6 et il faut de grandes jambes ou de bons bras pour faire le pas crucial.

(Denis)
Nous voilà, le Bub et moi dans le KR1. Il a fallu débroussailler l'entrée mais dessous ça plonge loin. C'est du vierge et ça parpine. J'équipe au maximum avec des pitons et des ficellous.
Quand il voit ça, le Bub devient vert. Enfin, on est verts tous les deux parce qu'on ne sait pas si les 200 m de corde suffiront pour atteindre le fond du puits.
Le calcaire est hyper-dur et éclate dès qu'on spite quand on ne peut plus pitonner. On parle d'en mettre deux, trois à chaque fractio et même de remonter mais le gaz qui est au-dessous est plus fort.
Au bout de 125 m de puits, j'arrive en bas.
"ça a l'air de queuter, je vais voir...".
Là, le Bub devient tout rouge. Ah non, il veut pas déséquiper. Mais alors, pas du tout. T'inquiètes pas Bub, je sens un super courant d'air me glisser dessus. Je ne me presse pas et je grille un clopiot en l'attendant au pied d'une petite escalade.
4 mètres seulement dans un espèce de tuyau de poêle. Et là, je tombe sur quoi?...
Un P80 ou 100 ou plus avec un zeff d'enfer. Bubu est devenu tout rose. Il ne nous reste plus assez de cordes pour continuer. On crie, on rêve et on balance des cailloux dans le futur plus grand trou de Grèce....
On remonte en faisant des photos. Vers -50 je me fais attaquer par une bande de chocards.
Je n'en mène pas large. Cinq minutes plus tard, ces bestioles versatiles se laissent photographier à un mètre par Bruno.
Sortie sous le soleil. Ca cogne dur. La remontée vers le camp s'annonce rude et on n'a plus d'eau. Après une 1/2 heure de dérive, on tombe sur un abreuvoir défendu par trois chiens féroces.
Mais au loin des bergers nous appellent.
Poignées de mains. Ils nous offrent du café frappé bien frais et des poires. La discussion est laborieuse mais il y a des choses qu'on comprend sans les dire. Le plus jeune nous accompagne un moment sur le chemin qui mène à Kazarma.
On s'aperçoit alors qu'une piste carrossable mène à la bergerie et qu'on pourra raccourcir d’une bonne heure la longue marche d'approche par laquelle Mickey nous a amené.

Lundi 9 juillet (Evelyne)

Aujourd'hui, il faut assurer du rendement. Mickey est parti avec Richard au KR1 et faudra pas lui raconter qu'on a glandé à son retour.
On se fait quand même un peu d'escalade dans le porche pour le plaisir. Denis passe sans peine là où j'ai lamentablement échoué hier.
On passe ensuite aux choses sérieuses. Bubu et Véro partent dans un trou découvert la veille et qu'on a baptisé la Tripa Just Married. Nous, on attaque la topo de surface de la zone de Kazarma. Denis découvre le nouveau matériel topo du GSHP.
On dirait une poule qui a trouvé les œuvres complètes de Richard Maire.
Beaucoup plus tard, il fait faim. Je vais chercher le pain dans notre nouveau garde-manger en pierre de taille et je tombe nez à nez avec un scorpion. Je crie, Bubu et Denis accourent, etc, etc... Mais est-ce que cette putain de montagne me laissera bouffer tranquille plutôt que d'essayer de m'assassiner avec des dalles en travers et des scorpions!
J'étais pas fière avec le scorpion, mais je le suis encore moins quand il s'agit de descendre dans l'Ulysse pour aller faire des photos.
Jusqu'à -120 en plus! Moi qui n'a jamais remonté un puits ni passé une déviation. Mais tout se passe bien, le trou est superbe et Bruno y passe deux rouleaux de diapos. Nous, on pose.
Tu sais Bub que ça va te coûter un max les top-models !… On ressort quelques heures plus tard. Finalement je suis ravie de cette première vraie expérience de spéléo.

(Mickey)
Par l'itinéraire repéré par Bubu et Denis on gagne une heure de marche pour aller au KR1.
C'est pas rien. Le temps est frais, nuageux.
Il va peut être pleuvoir.
L'équipement du P125 est grand confort.
Le Tachou s’est démerdé comme un grand.
En bas, dans la lucarne, le zef d'enfer est devenu un doux zéphyr. Mais le puits qui plonge est vaste et les pavés tombent loin. J'attaque l'équipement. Au-dessus, j'entends Richard qui se bat avec le topofil. Là aussi, le calcaire est dur, éclate et je me débrouille comme un manche. Premier fractio 10 m plus bas, puis une grande tirée d'au moins 50 m. Nouveau fractio, le puits se rétrécit.
Je touche le fond 30 m au-dessous.
Micro-méandre de quelques centimètres de large, pas de vent. On a tout juste dépassé les -200 et c'est déjà fini. Richard me rejoint en topographiant. Il a vu la suite 50m plus haut.
Vilaine surprise en regardant les chiffres topo :
le compteur n'a pas avancé de trois mètres depuis la surface. Le fil patine sur le galet...
On déséquipe jusqu'à -150. Richard pendule dans sa suite que même un aveugle aurait vu. Après une courte galerie, c'est un petit réseau merdique sous trémie. Mais on y retrouve le vent et des passages étroits. Faudra revenir avec massette, burins et gros bras.

Mardi 10 Juillet (Bruno)

En marchant vite, on est à un quart d'heure du KR1 depuis la piste. On amène des cordes supplémentaires, la massette et deux burins.
-125 : la petite escalade étroite a changé. Ce n'est plus du tout étroit. On a joué du marteau par ici. On arrive ainsi au sommet du P88. On modifie l'équipement car Mickey s'obstine à ne pas faire le nœud de ... Mickey. Quelques minutes après, nous sommes devant le passage à agrandir.
On nous avait parlé de cailloux instables, en fait ce sont des blocs de 30 kg qui menacent de nous tomber sur la figure. Denis attaque.
"Bubu planque toi !…".
J'ai juste le temps de me glisser sous un bloc et le "caillou" éclate à un mètre de moi.
Une demi-heure après, le Tachou s'insinue entre deux blocs. Il rampe sur des œufs, passe et jure un bon coup: "Merde! C'est un puits remontant, et trop étroit..."
Il ne reste plus qu'a déséquiper. Deux heures plus tard et après une incroyable suée dans les 50 derniers mètres on est dehors avec 320 m de nouilles, des sangles, de la cordelette,
50 amarrages, du carbure, une massette, deux burins, de la bouffe, de l'eau, nos fringues, notre matériel, des kits ... Rien que l'inventaire, ça nous épuise. Et on n'est que deux!
La piste n'est pas loin mais avec les charges, il faudra presque une heure. Les claies étaient à la limite du supportable. Nos dos aussi.

Jeudi 12 Juillet (Mickey)

Pour nous, prospection vers les Gamila, sur le bord d'un vallon glaciaire qui remonte au-dessus de Tsépélovo. On part du campement.
Ca monte, ça descend, ça n'en finit pas. les distances sont trompeuses sur ces plateaux au pied des Gamila. Pourtant, ce n'est même pas du lapiaz. Seulement des prairies parsemées de barres rocheuses et d'éboulis. Des lapiaz, on en trouve plus loin vers 1800 - 2000 m d'altitude, encombrés de blocs erratiques et de restes de moraines. Là, on tombe sur une zone où, stupeur, les trous se touchent presque. On devine aussi des pertes temporaires en fond de talwegs.
Mais il faut vite déchanter. Le trou le plus profond ne fait que 22 m. Pas de vent nulle part. La zone semble pourtant propice. Le soir, on repart avec l'impression qu'on a raté quelque chose.
Retour au campement, il restera encore un peu d'énergie pour aller faire sa fête à l'étroiture de la Tripa Just Married. Ca passe vite, mais la suite n'est pas belle, et si ça s'agrandit un peu c'est quand même colmaté à -35.

Samedi 14 Juillet (Mickey)

Faire 3000 kms pour des désobs à la chaîne comme sur l’Estibette. Non, merci, j'ai déjà donné!

Arrivé au trou, j'ai une bonne surprise. Hier, je n'avais pas remarqué qu'il aspirait. Je grille quelques herbes à l'entrée. La fumée est aspirée goulûment, ce qui reste des herbes aussi. Il faut juste retirer deux blocs pour passer.
Ignoble trémie au-dessus d'un puits de 10 m qui a l'air vaste. Je cours chercher du matos, reviens au trou, m'équipe et... dois retourner au campement chercher le kit de matos que j'ai oublié.
Tout le monde se fout de ma gueule.
Ils m'accompagnent des fois que je me perdrais en route.
Le puits fait 12 m, un autre de 25 m suit. Bouché. La suite est juste sous la trémie d'entrée.
Une lucarne qui me vaut un pendule merdique sous d'énormes blocs coincés, tout ça pour atterrir sur une vire tapissée de guano de chocards.
La lucarne est plus étroite que prévu mais le vent est là. Il faut jouer du marteau. Dans la bagarre, il tombe dans le puits, rebondit et finit au fond du P.25. Dommage parce que derrière la trémie il y a un autre puits. Amarrage sur bloc.
Je descend 5 m, enjambe un puits trop pourri, me décale dans la fracture et m'arrête au sommet d'un puits d'une vingtaine de mètres.
En surface la joyeuse équipe tente de m'enfumer, mais ça passe trop vite. Denis, en plein délire, pique une monstrueuse crise de fou rire.
Les autres viennent de nommer le trou Tripa Fetnat, 14 Juillet oblige.

DESCENTE VERS LE SUD… RIEN DE NEUF AUX TAYGETOS

Mercredi 25 Juillet (Mickey)

La prospection étant plus que décevante, Richard nous propose de revoir dans les parages un trou qu'il a exploré en 79. Onze ans déjà Richard !...
Il a un vague souvenir de courant d'air.
En 87 on était déjà passé devant l'entrée qui ne nous avait guère inspiré. Elle ne s'est pas agrandie depuis. Quelques mètres plus bas, c'est encore plus vilain. Richard est perplexe.
Il se demande comment il a pu passer dans l'étroiture la plus large de celles qui se présentent à nous. Un petit courant d'air en sort effectivement. Bubu manifeste:
"Vous voulez me faire passer par-là ?...".
"Oui, et sort la masse et le burin plutôt que de dire des bêtises".
La masse et le burin : déformation de notre spéléo dans les Pyrénées. Plus aucune explo, aucune prospection sans ces précieux auxiliaires. Ici aussi d'ailleurs. Quelques coups enlèvent une écaille, puis une autre. Richard essaye, se bloque, se demande comment il a pu passer cette étroiture de merde du temps de sa folle jeunesse.
A nouveau, le duo masse-burin s'en donne à cœur joie sous la direction du maestro Bubu.
A la troisième tentative Richard passe.
Il m'appelle. Je n'en ai vraiment plus envie. Mais je passe presque sans problème. Question de longueur.
A ce moment me vient l'idée géniale d'attaquer l'étroiture par-dessous pendant que Richard équipe le puits qui suit. Tape, tape…
J'arrive à desceller une dalle. Un coup de levier avec le burin, juste ce qu’il faut pour voir la dalle avec Bruno assis dessus glisser dans l'étroiture... Pas de beaucoup mais enfin assez pour que l'étroiture soit encore plus étroite qu'avant.
Sans conviction Bubu essaye de passer. Il réussira juste à prendre une bonne suée et m'envoyer un coup de botte dans la tête.
Réduis à deux, nous voilà partis à la chasse au courant d'air en faisant topo et photos à la descente. Richard équipe les puits. Il a décidé de n'utiliser que pitons, coinceurs et amarrages naturels.
Il est très bon et très obstiné dans cet exercice. Autant que pour vous rédiger un gros article scientifique bien sérieux. Il nous fait son petit numéro jusqu'au fond et sans un frottement.
Moi, je me débat avec le Baroudeur, un deuxième flash et le topofil. Le trou n'est pas chaud et on arriverait à s'y refroidir s'il n'y avait de temps en temps une étroiture pour se réchauffer.
A 1800 m d’altitude, même en Grèce, les trous ne sont pas chauds…
La dernière étroiture est particulièrement corsée. Si Richard ne m'affirmait pas qu'il l'avait déjà franchie je croirais que le P20 au-dessous c’est du vierge. On ressort masse et burin et un bon moment après, ça passe, descendeur en bout de longe et casque à la main.
Moi qui rêvais d'une expé avec de grands puits et des galeries de 20 m de large !
On se croirait aux Toupiettes, en pire...
Et en bas de ce dernier puits, il n'y a qu'une fissure où passent à peine la main et un petit filet d'eau. On est à tout casser à -80 et le courant d'air part dans une autre fissure à la sortie de l'étroiture.
Heureusement que Bubu nous attendait en surface, car il faudra toute sa poigne secourable pour ressortir Richard de l'étroiture que j'avais malencontreusement rétrécie.
Le soir, dernier bivouac aux Taygetos. le séjour sera bientôt fini et il nous reste encore un saut à faire sur la côte du Magne puis dans les grands poljés du centre du Péloponnèse.

MER CHAUDE ET GROTTES DU MAGNE

Jeudi 26 Juillet (Mickey)

Devant nous, comme un lapiaz posé sur la mer, la cote du Magne déroule ses golfes et ses falaises. C'est beau. La route à été chaude depuis le Taygetos et l'arrêt-bar au petit port de Githion est déjà loin. C'est le plus chaud de l'après midi. Aussi, la visite de la grotte de Dirou s'impose. D'après les panneaux publicitaires et les guides touristiques, ça vaut le détour.
La grotte est fabuleuse, labyrinthe à moitié noyé où nous progressons en barque pendant 2 kilomètres dans des paysages de rêve.
Mais les bateliers pressés pilotent leurs embarcations comme des hors bords. Evidemment, eux, ils font ça dix fois par jour. Alors, si vous avez l'occasion de visiter Dirou, payez grassement le passeur pour qu'il vous laisse profiter de la visite.
Le soleil tombait presque dans la mer quand nous nous sommes installés quelques kilomètres au Nord de Dirou dans le petit golfe de Liménion, à quelques mètres du rivage sur cette cote rocheuse et déserte. Il y a là une émergence marine que nous avions repéré trois ans auparavant. Peut être sommes nous les seuls à la connaître. L'ennui, c'est qu'on y bute vite sur un siphon.
Mais au-dessus, dans les falaises, il y a de nombreuses grottes. Qui sait, l'une d'elle nous mènera peut être à la rivière.
Le soir, on commence à repérer des entrées et on profite de la mer jusque tard dans la nuit. L'eau est chaude, presque 30°.
Quand on descend vers le Sud, les bivouacs se font de plus en plus sommaires.
Les tentes restent dans les sacs et on couche juste au-dessus de la résurgence. A même le sol et dans le silence on entend un bruit de clapot 6 ou 7 mètres au-dessous: il y a de l'air derrière le siphon.

Vendredi 27 Juillet

A midi, on a visité 15 grottes. La plus longue ne fait pas 50m. Mais si elles ne sont pas très grandes, ces grottes sont passionnantes pour les aménagements qu'elles renferment. Il y a souvent des ruines de constructions à l'entrée et elles ont aussi servi d'habitats ou de bergeries. Dans l'une d'elles on trouve même un grand trou rond enduit de plâtre peint et recouvert d'une coupole de pierres. Citerne, réserve à grain ou à huile ou encore autre chose que nous ne saurons pas...
Dans la soirée Bubu crève pour la deuxième fois. Ca n'empêche pas une grosse baignade.
Je cherche des volontaires pour aller titiller la résurgence en apnée. Personne...
Demain ça ira peut être mieux. On revoit juste une autre grotte marine proche. De l'eau douce et fraîche sort d'un éboulis sous deux mètres d'eau à 20 m de l'entrée...

Dimanche 29 Juillet

Avant de remonter vers le centre du Péloponnèse Bruno tient à descendre dans un puits qu'il a trouvé au bord du Jardin d'Eden. Entrée étroite, avec courant d'air. 30 bons mètres en dessous. Pendant que Bubu s'équipe et sue à grosses gouttes dans sa texair, nous lui bricolons un amarrage sur piton et figuier de barbarie. Il ne hurle même pas. La fatigue sans doute.
Le trou n'ira pas loin. Le puits est vaste et bouché vers -30 après quelques mètres de galerie.
Le vent est perdu, mais Bubu remarque des criquets cavernicoles en grand nombre.
C'est la première fois qu'on en voit.
Pendant ce temps, à l'ombre des figuiers mais accablés de chaleur, nous consultons un bouquin d'hydrogéologie écrit en anglais par des yougoslaves sur le centre du Péloponnèse et en particulier le chapitre sur le Katavotre de Kapsia près de Tripolis. Cette grotte, explorée au siècle dernier par Martel et plus récemment par les Yougoslaves est une des pertes temporaire du grand poljé de Tripolis pendant les périodes pluvieuses. Les yougos ont topographié 2500 m. On irait bien y faire un tour histoire de voir d'autant que la résurgence prouvée du système est à 42 km de là et 650 m plus bas...

KATAVOTRE ET POLIZIA

Lundi 30 Juillet (Mickey)

Lever de bonne heure. Le poljé se réveille, une brume légère flotte près du sol. c'est le grand calme avant la chaleur. En attendant le lever de la troupe je visite les entrées du Katavotre et un puits-perte. Sous des planchers stalagmitiques, d'importants remplissages plaqués aux parois sont bourrés de poteries, d'ossements, de restes de tuiles et de briques. Jadis, des villages ont été détruits par des guerres ou des inondations et au fil des siècles l'eau a déposé les ruines dans le Katavotre. C'est le cas de l'ancienne Mantinéa, toute proche détruite plusieurs fois par des guerres et où le fameux général Epaminondas fut trucidé par les Spartiates en 362 avant JC.
Ce sont peut être ses os qui pointent devant moi à travers le remplissage. A l'intérieur ça doit être pareil.
Le réveil des dormeurs me ramène au présent. Les stocks de bouffe sont au plus bas, et une partie de l'équipe doit partir au ravitaillement à Tripolis et Levidi.
Pendant ce temps, Denis et Bubu tentent la traversée entre le Katavotre et une autre entrée du réseau qui figure sur la topo des Yougoslaves. Cette grotte, Paléochori, nous ferait gagner beaucoup de temps pour l'explo du réseau Sud. Le plus dur c'est d'en trouver l'entrée.
Après, la traversée est facile. C'est grand, labyrinthique, boueux mais ça passe.
Ca fait à peu près un kilomètre et deux heures de crapahut sans problème sauf pour trouver les bons passages car le muet ne s'est pas aventuré dans ce secteur.
Regroupement et casse-croûte vers midi dans un minuscule carré d'ombre près du Katavotre.
On fait le point. Cet après midi, séance photo collective dans le réseau nord puis explo dans le réseau sud. On continuera peut être demain pour l'explo mais demain soir au plus tard il faudra plier
bagages et rouler vers le Nord.
Pendant 3 ou 4 heures, toute l'équipe se retrouve au frais dans le Katavotre pour une séance photo. Le sol recouvert de calcite est jonché d'ossements humains calcifiés et de poteries. Plusieurs parties de la grotte sont vraiment belles. Certains mitraillent, les autres posent ou déclenchent les flashs. Ici aussi, on observe une espèce de criquets cavernicoles. Une espèce différente de celle du Jardin d'Eden dans le Magne d'après Bubu.
A peine sortis du Katavotre, je file vers Paléochori avec Bubu. L'entrée, dans un vallon au-dessus du poljé n'est qu'un simple effondrement au sommet d'une vaste salle. Passé la salle, on rejoint un collecteur qui doit être actif quand le Katavotre absorbe. A droite, c'est la galerie qui rejoint le Katavotre, à gauche, c'est l'inconnu pour nous. Les Yougoslaves ont fait un petit kilomètre vers le Sud. De suite, et malgré la taille des galeries on ressent un fort courant d'air aspiré.
On progresse vite. C'est beaucoup moins compliqué que le réseau nord mais aussi concrétionné par endroits.
Des passages étroits et déchiquetés dans des calcaires dolomitiques qu'on reconnaîtrait entre mille nous bloquent un moment. Au-delà, il n'y a plus que deux traces, celles de nos prédécesseurs Yougoslaves. Le vent, lui, se fait capricieux et finit par se perdre dans un réseau compliqué, plus humide et criblé de puits-pertes boueux. On n'est plus qu'à 100 m du terminus.
On fouille les galeries et les boyaux au-dessus du niveau des mises en charge. Et arrive le moment délicieux où on retrouve le courant d'air sous une voûte basse et bouillaqueuse. 20 m plus loin, on débouche dans une grande salle sableuse.
Pas une trace, mais on reperd le vent. Bubu me rejoint : "Oh con, c'est du vierge !".
10 minutes plus tard, et après une courte désob, on cavale dans une fissure toute concrétionnée. On a perdu le sens de l'orientation quand une grosse galerie croise la fissure.
C'est gros à droite, à gauche aussi. On prend à droite. C'est boueux, complexe. Au bout d'un bon moment, on retrouve des passages étroits.
On y prend le vent dans la figure. Mauvais, ça doit remonter vers l'entrée.
On aurait du prendre à gauche en sortant de la fissure. C'est un peu la galère pour se sortir de ce nouveau labyrinthe. Mais on trouve bientôt une trace, puis une autre, et à travers blocs, on ressort dans la grande galerie où on courrait une heure avant. 400 m de vierge seulement. C'est pas beaucoup mais on pourra revenir voir l'autre coté avant le départ.
Bubu a la fringale, on file donc vers la sortie. Mais en se laissant reprendre au petit jeu de l'explo,
on trouve encore 300 m de nouvelles galeries et des possibilités de suite.
Ce Katavotre est un énorme collecteur labyrinthique qui peut nous conduire très loin.
La résurgence est bien à 42 kms de là...!
C'est en sortant, à la nuit tombée, qu'on apprend que les ennuis ont commencé.
Deux heures auparavant, un véhicule s'était arrêté près du Katavotre et deux ou trois personnes en étaient sorties en faisant de grands gestes. Ils ne parlaient que grec, mais assez fort pour faire comprendre qu'ils étaient des policiers et qu'on allait avoir des problèmes. Apparemment, on ne devrait pas se trouver ici.
Ils sont repartis mais ils vont revenir.
L'ambiance n'est pas au beau fixe et nos découvertes dans Paléochori sont presque oubliées. On essaie de se faire une petite bouffe mais ça ne passe pas. On cherche à comprendre. Le Katavotre serait-il un site stratégique grec ?
A moins que ce soit le gisement archéologique? Ca serait plutôt ça. Il n'empêche qu'il faut bien que quelqu'un nous ait signalé à la police.
Et dans ce coin paumé, pas de doute, c'est le muet qui a parlé...!
On n'attend pas longtemps la suite des événements. Dans la nuit, on voit s'avancer un gyrophare. Deux véhicules arrivent sur la piste. Du premier sort un policier déjà vu, une vieille sorcière hystérique et un pope barbu, du deuxième, trois autres policiers dont un gros pas mal excité et qui semble être le chef.
A part le pope et la sorcière, tout ce beau monde ne porte pas d'uniforme et si le Toyota n'était pas de la police on pourrait douter. On a d'abord droit à un contrôle d'identité. Ils veulent des passeports et pas de cartes d'identité.
Le pope sert d’interprète mais en anglais.
On leur signale que les cartes d'identité sont suffisantes à l'intérieur de la CEE. Ils veulent ensuite savoir ce qu'on fait ici. On explique, on montre la topo du trou et la liste de nos contacts au Ministère de la Culture pour les autorisations. Le gros policier parle fort et gesticule beaucoup.
Il veut nous embarquer tous.
“ Où ça ” qu'on demande au pope
"Au commissariat de Levidi".
Pas fiers, on répond
“ pas question, deux personnes seulement, les autres restent ici ”
Le pope traduit, ils discutent entre eux, font une fouille rapide des véhicules puis nous redemandent nos papiers. On donne et on leur passe même une lampe électrique pour qu'ils puissent mieux voir. Ils oublieront de nous la rendre.
Au bout d'un moment, le gros pousse un cri.
Il a trouvé : il vient de se rendre compte que Richard est né en Algérie et Véro au Maroc.
Ca y est, il tient une bande de dangereux terroristes. Il redemande les passeports et même les visas !…
On est partagé entre la crise de fou rire et la crainte que ça dégénère. Françoise, elle, est au bord des larmes.
Bon, maintenant ils veulent y aller mais il leur faut deux personnes. C'est pas qu'on soit vraiment volontaires mais je monte dans le Toyota avec Richard. Ils embarquent aussi une bite à carbure, le casque et l'éclairage de Bubu comme pièce à conviction. On allait partir quand le gros s'est ravisé, à refait un tour des restants, attrapé Véro par un bras et l'a collée dans le Toyota.
Bubu ouvre des yeux ronds et essaie de détendre l'atmosphère :
"Qu'ils me piquent ma femme, passe encore,
ça se retrouve mais un éclairage qui marchait si bien !…"
Personne ne ri.
Sur la route de Levidi le gros conduit comme un dingue. Les lignes blanches, connaît pas.
Il braille même un bon coup quand il est obligé de doubler un traînard en plein dans un virage. L'autre essaie de nous parler un peu :
“Gallicos (Français)... Pââaris...”,
Puis se tournant vers Véro :
“Pigaaalle ...”
Là, ma fille, ça sent le cramé pour toi.
T'es mal barrée.
On traverse Levidi, gros village coquet et animé et on se dirige vers la banlieue, vers une baraque anonyme qui doit être le commissariat. Enfin, on espère.
Le gros pousse un coup de gueule et un sous-fifre ensommeillé vient ouvrir. Il nous installe dans un bureau. Le pope n'est plus là pour traduire et c'est pas facile de s'expliquer.
On lui demande de téléphoner au Ministère de la Culture à Athènes. On lui passe les numéros de téléphone du Ministère ainsi que l'adresse et le téléphone personnel de Mme Contaxi, responsable du service qui délivre les autorisations. Apparemment c'est un nom qu'il connaît.
Mais il téléphone d’abord à un supérieur qui n'a pas l'air d'apprécier qu'on le dérange en pleine nuit. Vu la tête du gros, il est en train de se faire envoyer sur les roses. Par bribes, on comprend quelques mots et enfin ce qu'on nous reproche :
“... kleptos... stalactitas, stalagmitas...”
En bref, il nous accuse d'être des voleurs de concrétions. Juste un malentendu, rien de grave.
A ce moment, pris d’un doute, il attrape la bite à carbure, l'ouvre, la secoue et se répand un bon kilo de chaux sur son bureau.
Puanteur d'acétylène et nouvelle envie de rire vite réfrénée. Ecartant la chaux, il recopie les numéros de téléphone et les adresses puis nous fait signe de le suivre. On croit qu'il va nous mettre en cabane pour la nuit, mais non, on ressort et sans un mot, ils nous ramènent au Katavotre à 15 kilomètres de là.
Bubu récupère son casque, son éclairage et même sa femme. Ils n'ont gardé que la chaux de carbure. On croyait en avoir fini quand, une heure plus tard, voilà à nouveau des gyrophares dans la plaine. Portières qui claquent dans la nuit.
On quitte notre abri près du Katavotre et on s'avance. Il y a des nouveaux. Dans un anglais rocailleux, l'un d'eux se présente :
"Colonel Rastapopoulos (*) de la Police de Tripolis".
A leur prochaine descente, Zeus en personne viendra probablement nous interroger.
Le colonel nous explique notre méfait : avoir pénétré sans autorisation dans le Katavotre. Il nous demande si en plus on n'a pas piqué des concrétions.
“Nous, piquer des concrétions, vous n’y pensez pas ...”
Ca semble s'arranger et le gros tire la gueule.
On reprend avec le colonel l’explication, toutes nos démarches avec le Ministère de la Culture.
Il veut bien nous croire mais il va vérifier.
Enfin une bonne parole.
En attendant, messieurs dames, vos papiers.... On commence à être habitués, mais ce coup-ci, après un nouvel examen, il nous les confisque. On essaie mollement de protester mais rien à faire. Rasta nous demande de pas bouger jusqu'au lendemain et cynique et roulant les “r”, nous quitte en nous lançant:
“have a good drrreams...ha, ha, ha...”
Nous voilà dans la merde. Faut espérer que les fonctionnaires du ministère à Athènes ne sont pas tous en congés actuellement si on veut récupérer nos papiers et voguer vers des cieux moins fliqués.
Qu'il est loin le matin calme du grand poljé...

Mardi 31 Juillet:

Vers 9 heures, une voiture se pointe sur la piste. C'est le policier de Kapsia. Aujourd'hui il a mis son uniforme. On lui offre un café. Pendant que les autres démontent le campement j'essaie de communiquer avec lui à l'aide du dictionnaire.
On lui montre aussi l'entrée de Paléochori qu'il ne connaissait pas et où il ne veut surtout pas descendre.
L'attente se prolonge. Le policier lorgne vers une torche électrique. Depuis un moment, il parlait de "nyctalopas" (chauves-souris). Il s'empare alors de la torche et d'un bâton. Ce fou veut aller en estourbir une pour la ramener chez lui. Je le suis à l'entrée du Katavotre. Je sais que les bestioles ne risquent rien. Elles sont accrochées haut dans les voûtes. Mais cet obstiné escalade les parois, manque dix fois de se casser la gueule sans remarquer les puits qui s'ouvrent sous lui.
S'il se plante, on va nous accuser de l'avoir trucidé ! Déçu par sa chasse, il jette son bâton, redescend en longeant le grand remplissage aux poteries, rate une prise, s'accroche à ce qu'il peut et atterrit à mes pieds avec quelque chose dans la main : un fémur humain qu'il jette dans un puits en jurant. Le fémur d'Epaminondas !…
Quelques minutes plus tard, une cohorte de véhicules s'avance dans un nuage de poussière. Rastapopoulos est là en grand uniforme entouré d'autres policiers et d'un civil. Il nous le présente. C'est M. Spiropoulos, responsable archéologique de la région de Tripolis.
Ce matin, ils ont téléphoné au ministère.
C'est bon mais on n'a pas respecté la procédure qui veut que même en ayant sollicité et obtenu une autorisation on se présente à la police ou aux autorités archéologiques locales avant d'aller sous terre...
Le muet rode dans le coin et essaie de nous faire comprendre qu'il n'est pour rien dans nos ennuis. Barre toi faux jeton...
Spiropoulos nous explique rapidement l'histoire du Katavotre. On prend ses coordonnées.
Ca peut servir si on veut revenir dans le coin. Rasta nous rend nos papiers et le gros qui se voyait déjà avec une barrette de plus nous fusille du regard.
Nous, on est salement soulagés.
Surtout Françoise qui pour sa première expé avec nous se demande si elle a bien fait de s’embarquer avec cette bande de cinglés.

LA FIN DU VAGABONDAGE

Jeudi 2 Août (Evelyne)

La traversée s'achève enfin.
On arrive à Brindisi et l'aventure continue. Aussitôt débarqués on reprend la route. Je squatte la voiture de Richard. Bari, 120 kms plus loin, on rate l'entrée de l'autoroute (en Italie, les autoroutes sont indiquées en vert et les nationales en bleu. Nous, on a suivi les panneaux bleus). Un peu plus loin, à Andria, on tente une percée vers l'autoroute et le convoi éclate. Le Tachou prend trop court, Bubu et Papa essaient de le rattraper par une autre rue. Richard et moi, on file tout droit mais on sait plus où on est. Quadruple pet foireux, tout le monde est paumé dans cette ville grouillante où rouler est le plus complet bordel, une véritable corrida.
Les chauffeurs ne savent plus où donner de la tête parce que, s'il n'y a aucune signalisation pour l'autoroute, sur les trottoirs, sur les motos, sur les scooters, c'est le festival de la minijupe, y'en a partout. Moi, je suis en loques et je pue.
Je sens le stress qui monte.
Je HAIS les Italiennes !
Bubu et Papa, eux, en trouveront un sympa qui les conduira à l'entrée de l'autoroute. Nous, il faut se démerder.
En plus le chauffage de la voiture de Richard commence à délirer. Il se met en route tout seul et impossible de l'arrêter même en enlevant tous les fusibles possibles ! Dehors il fait 35°, mais dedans ça dépasse les 50. On a les jambes cramées. Richard bouche l'arrivée d'air avec une couverture de survie. Au bout d'un moment elle commence à fondre et Richard à s'endormir sur le volant.
Je flippe, transpire et essaie de détendre l'atmosphère. Je veux rentrer chez moi saine et sauve. Alors pour faire plaisir à la petite fille, Richard consent à s'arrêter. Il est deux heures du matin, on ne sait pas où sont les autres, et mes papiers d'identité sont restés dans la voiture de papa-maman. Si on essaie de passer la frontière comme ça, Richard va se faire coffrer pour enlèvement de mineure. L'aventure continue...
Elle continue surtout pour le Tachou.
Pour s'assurer qu'il tiendra la route cet inconscient avale trois comprimés de vitamine C accompagnés d'un zeste de calcium.
Sur le paquet, il y avait écrit 1 comprimé par jour. Bref, à peine les comprimés avalés, le voilà dans un trou noir, les membres raides et plus aucune lumière dans les yeux. Overdose de calcium, c'est la crise de tétanie. Au volant de la R5, bien sûr.
Heureusement, Françoise se démerde, assure un max et le Tachou se retrouve à l'hôpital de Foggia. La crise passe, mais les flics qui l'on amené veulent lui faire avouer ce qu'il a fumé. Sauvé par la barrière des langues,
Denis fait mine de ne rien comprendre. Lassés, les flics et les toubibs les laissent repartir.

Vendredi 3 Août :

Finalement, on ne se retrouvera tous ensemble que 900 kms plus loin. Mais déjà à mon réveil, en ouvrant une paupière lourde, qu'est ce que je vois dans le rétroviseur de la voiture : la Mama !… Papa, Bubu et Véro sont là aussi. Richard se réveille. Les mécanos de service démontent son chauffage, trouvent un ressort foireux et bloquent un volet défectueux avec un morceau de cageot qui traînait par-là. On pourra enfin rouler sans chauffage.
Après ça, route, route et route pendant toute la journée. On reperd les parents qui ratissent les aires d'autoroute mais eux, retrouvent Françoise et le Tachou.
Les retrouvailles, du coté de Milan, ont un petit air de règlement de compte. Chacun accusant les autres de ne pas avoir respecté les consignes de rendez-vous en cas de pet de ce genre.
Bref, comme dit Richard, ça vous fera des souvenirs et n'oubliez pas qu'il nous reste encore 500 kms jusqu'à Esparron du Verdon où nous attendent les parents Nurisso.
Tard dans la soirée, on y arrive, crevés.
On y passera deux jours à rien faire pour la première fois depuis cinq semaines.
Au bout de ces deux jours plus tard, le groupe se sépare. Richard remonte en Savoie, Denis et Françoise partent en Ardèche, Bubu et Véro restent à Esparron et nous on file vers les Pyrénées. C'est fini pour cette année mais on espère tous que ce n'est qu'un début...

On reviendra aux Zagoria. Et même au Katavotre.

 

 

TexteGSHP