Nouvelle Zélande

Compte rendu de l'expédition AOTEAROA 2013

Compte rendu de Thomas Braccini


Période : du 9 mars au 9 février 2013
Equipe : Anthony Geneau (16), Simon Bédoire (Réunion), Didier Gignoux (30), Bruno Fromento (84), Gilles Dufor (Lozère), Alexis Benazet (34), Jérémy Lemaître (06), Sandy Vanotti (Jura), Alain Rhor (07), Thomas Braccini (65)


L‘équipe se retrouve à l’aéroport de Charles De Gaule. Un bon pique-nique puis nous nous partageons le matos technique en essayent d’équilibrer les sacs.
Après donc plus de 25h d’avion, 3 escales, quelques siestes, films, repas… nous débarquons à Christchurch sur l’île du Sud de la Nouvelle Zélande le 10 février. Tout en étant logés dans un camping, malgré la fatigue, nous gérons quand même un maximum de logistique (locations de véhicules, courses, complément matériel, …). Nous prenons également contact avec les Néo Zélandais, l’accent, le pays…
Ha enfin, le 13 février nous décollons de la ville pour partir dans la campagne puis nous rejoignons la montagne en partant vers l’Ouest… Les copilotes des véhicules sont bien utiles pour rappeler au conducteur : « keep left » ! C’est toujours difficile de perdre ces habitudes, surtout quand il faut prendre les ronds points par la gauche…
Nous partons vers l’Ouest… aux abords de Christchurch, Nous découvrons un pays assez plat avec beaucoup d’élevages de vaches, moutons bien sûr et de cervidés. Au bout d’un moment, nous voyons au loin une chaîne de montagne (avec notamment le mont Cook)… nous sommes comme des gamins ! La route devient sinueuse, nous découvrons d’énormes lacs… la couleur de l’eau est superbe, les nuages « lenticulaires » nous laissent sans voix !


Après 7 bonnes heures de voiture, la colo arrive dans la ville de Wanaka… Son lac est de toute beauté, nous découvrons des activités de plein air assez spéciales ! Nous rencontrons Alain Rhor, un Français vivant 6 mois de l’année en Nouvelle Zélande depuis plusieurs années… Il nous explique la philosophie du pays et la pratique du canyon qui est exclusivement professionnel. « Ici, peu de canyons ont été ouvert… »
Nous repartons en fin d’après midi pour rejoindre à 1h de route le petit village de Makarora dans la Haals Valley. Sur la route nous observons quelques jolis torrents qui nous font rêver…
Nous découvrons un camping sympa, lieu touristique de passage d’où partent de nombreux randonneurs de toutes nationalités. Les tentes se montent rapidement, chacun prend sa place…
Evidemment tout le monde est « chaud comme de la braise » pour faire de la première… La voix des sages : « demain, c’est important de faire du repérage histoire de prendre contact et savoir où nous mettons les pieds ».
Le lendemain, nous réalisons 3 équipes pour aller repérer 3 entrées de canyons différents… avec Sandy, Jérémy et moi c’est « Joes creek » ! Nous réalisons une bonne entrée en matière dans une forêt dense, hors sentier… comme d’habitude, faut aimer marcher ! Le GPS est un bon outil pour progresser dans la végétation, Joes à l’air court mais intense ! Notre retour à la route s’avère difficile, nous revenons trempés jusqu’au slip…


A partir de là, nous allons enchaîner 2 semaines non stop d’ouverture de canyons pour la plupart magnifiques : Cuschat, Thunder, Crake Jump, Ford, Brae, waterfull… avec bien sûr le nom « creek » à la fin de chaque canyon ! Tout y est : des endroits très sauvages, les verticales (jusqu’à des cascades de 100m), l’eau limpide, certaines parties aquatiques avec de jolies sauts…
Nous découvrons un pays super sympa : locaux très accueillants, paysages grandioses (vallées, glaciers, torrents…), de la tranquillité ce qui est plutôt rare… plein de canyons à ouvrir ! Pendant tout ce temps, les perfo ne se sont pas beaucoup arrêtés !!! L’ambiance est au RDV, tous les soirs nous allons au bar du camping boire une bière… les proprio du camping sont très intéressés par notre expédition ! Nous ouvrons le canyon de « Thunder Creek » avec Anette, une canyonneuse Néo Zélandaise qui est l’amie à Alain…

Le peu de répit que nous avons, nous le consacrons à travailler sur le blog (aotearoaexpedition.wordpress.com) pour l’alimenter régulièrement ! Notre vie collective se passe bien, nous avons tous appris à fonctionner ensemble et ça marche. La fatigue commence tout de même à se faire sentir… c’est pas pour rien car dans la Haals Valley, les canyons vierges commencent à se faire rares !

Le 24 février, bilan des courses : nous avons ouvert 13 canyons ! Alain nous parle depuis le début d’un gros canyon à ouvrir dans la Matukituki valley : « Gloomy Gorge » 600m de développé et 300m de dénivelé ! Apparemment, c’est pour les spéléos…
Ça y est nous sommes chaud ! Après une courte pause, nous remettons la machine en marche pour organiser cette explo. Malgré ce que nous dit Alain : qu’il faut au moins 5 jours ! Nous partons dans cette nouvelle vallée pour 3 jours d’autonomie : 1 jour d’approche, 1 jour d’ouverture & 1 jour de retour.
Chargés comme des mules nous découvrons cette magnifique vallée, le temps est toujours au beau fixe ! Nous hallucinons sur tous les canyons qui nous entourent encore une fois… d’après Alain, la plupart sont vierges !
Au bout d’environ 15km de marche, nous arrivons au lieu de bivouac… L’endroit est magnifique, au bord du sentier ! Avec Mr Bé, nous allons voir le bas de ce canyon qui à l’air effectivement d’être sacrément encaissé… En remontant rive droite du torrent, nous hallucinons sur le débit qui doit être de 1,5m3/seconde ! L’eau à l’air d’aller très vite…
De retour au camp, nous nous apercevons rapidement qu’il y a beaucoup de petites bestioles hyper chiantes : « les Sandfly ». Se sont des espèces de mouches qui piquent comme des moustiques ! Elles sont présentes dès qu’il fait jour et nous laisse un peu de répit quand la nuit tombe… Dès le début de notre arrivé au camp avancé, les sandfly attaquent… Nous mettons en route un feu et nous sommes rapidement boucanés pour essayer de faire fuir ces putains de bestioles.


1er assaut, la stratégie à changer du fait du débit important du canyon… une équipe va attaquer « le monstre » par la partie base en rive droite histoire de voir à quoi nous avons à faire ! Une 2ème équipe remonte le canyon pour repérer les accès possible. De retour au camp, tout le monde est rapidement agacé par les sandfly qui nous tombent dessus dès notre arrivé… L’équipe repérage a vraiment passée une mauvaise journée avec une végétation plus qu’agressive appelé le « bush »!
Si nous voulons avancer, une équipe doit partir chercher des vivres et du matériel au camp de base (15km de marche, 1h de piste et 2h de route). Une équipe décolle en fin d’après-midi… Pour ce qui reste, la nuit sera froide !
2ème assaut, nous sommes 5 personnes à descendre dans les gorges de Gloomy… nous trouvons un accès un peu plus haut ! Anthone équipe une cascade qui sera appelée le « Black hole »… Avec Sandy, nous escaladons un obstacle de 4m, ensuite, nous avons un visuel sur une superbe cascade très impressionnante, l’eau coule à une vitesse affolante !!!
Une fois l’équipement effectué, l’équipe descend toute la partie inférieure du canyon, histoire de bien la repérer ! Je remonte par notre accès pour le déséquiper le bourrier… Nous nous rejoignons au camp de base, les « ravitailleurs » arrivent peut de temps après ! Ils nous ont ramené plein de fringues, de la nourriture, du matériel d’équipement et surtout des sales produits qui repoussent ces putains de Sandfly… Le moral remonte un peu !
3ème assaut, aujourd’hui, nous rentrons par le haut du canyon en 2 équipes… la première chose à faire est de marquer un sentier dans cette végétation base mais très dense et agressive. Evidemment, nous n’avons rien pour couper à part nos mains et notre piétinement !


Malgré une journée où la synchronisation les équipes n’est pas au top, nous avançons pas mal : 5 obstacles équipés ! Nous remontons par l’éboulis qu’à équiper l’autre équipe. Le soir, nous commençons à être fatigués… Didier nous fait cuir sur des dalles de schiste des petites saucisses au feu de bois ! Nous savons très bien que nous ne pourrons pas tenir beaucoup plus de 2 jours… la nourriture commence à être un peu limite, nous commençons à rationner et le matériel d’équipement va bientôt manquer !
4ème assaut, Bon c’est décidé, Didier & Bruno partent à la voiture (30km aller/retour) chercher 100m de corde pour essayer de finir le boulot et mettre « ça petite fessée » à ce Gloomy gorge qui nous donne du fil à retordre.
Pendant ce temps, une première équipe part reprendre l’équipement du canyon, il y a Simon, Sandy & moi-même… aujourd’hui, c’est mon anniversaire et je suis forcément grave motivé pour faire du boulot (malgré la vieillesse qui me guète !). A 3h derrière nous, une seconde équipe d’Aotearoa a prévu de plonger dans ces gorges, histoire de faire 2 assauts dans la même journée pour être efficace. Nous rentrons par l’éboulis et Pendules sur
pendules, nous équipons quelques cascades… Simon nous équipe un superbe rappel guidé dans un endroit de toute beauté (vasque suspendu, grosses cascades…). La 2ème équipe arrive et prend la relève, c’est top, les copains ont l’air vraiment « agacés » ! Nous mangeons un peu, comme d’habitude c’est thon/sardine avec un peu de fromage… nous remontons cette partie du canyon équipée en fixe !!
Le soir, les anciens sont de retour au camp avec les 100m de nouilles… la nuit tombe, au bout d’un moment nous voyons les lumières des copains de la 2ème équipe qui redescendent de la montagne « Gloomyesque ». Apparemment, ils ont fait du boulot… les altimètres nous disent qu’on n’est pas loin de jonctionner avec la partie inférieure que l’on connaît !


Après une partie de dés, plus que fatigués, nous ne mettons pas longtemps à nous endormir…
5ème assaut, Je me réveille… le temps est plus que menaçant ce matin. Je sors de mon hamac bien cassé de la journée d’hier ! Certains sont déjà au pied d’oeuvre… ça y est il pleut ! Nous tendons une bâche au dessus du camp… nous sommes dépités car c’est aujourd’hui ou rien !
Mais bon, on y croit encore… la pluie se calme, nous décollons Bruno, Anthone, Simon et moi. Les autres ont la mission de rappeler les cordes derrière nous. Nous montons vers notre canyon, ce matin, pas de pause sur la marche d’approche, quasiment pas un mot… dans nos regards, nous lisons une usure importante mais une détermination sans faille ! Arrivés au torrent, il pleut de nouveau… des regards mais pas un mot !!! Nous partons sur les cascades avec des pendules… bien physique et technique, j’ai les jambes cassées. Malgré la fatigue, Simon attaque l’équipement de la cascade où les autres se sont arrêtés la veille. En bas, nous arrivons sur une vasque avec des champignons énormes, Simon traverse encordé en nous gérant ça comme un chef. Ensuite, Bruno nous équipe la suivante.
Maintenant c’est à moi de bosser… j’enquille une grande main courante en mettant un petit temps pour me roder ! D’un coup, j’ai un visuel sur le bas de la cascade et je devine au loin une corde rouge : « putain les gars, ça y est nous allons rejoindre la partie inférieure connue ! ». Les visages lâches de jolis sourires… Ensuite, Anthone prend la relève pour descendre une nouvelle cascade qui enchaîne de suite. Une superbe opposition et il ne met pas longtemps à amorcer sa descente. En bas, il y a un gros drossage, je reste vigilent mais Anthone s’en sort à merveille… je le rejoints pour mettre en place un rappel guidé qui permettra à tout le monde de passer sans se poser de questions. Nous accrochons notre corde avec celle posée en fixe il y a quelques jours… ce noeud est historique !!


D’un coup, incroyable, qui arrive ? Mais c’est le reste de l’équipe… malgré le froid que ce canyon nous inflige, les visages se détendent, les autres copains nous rejoignent et c’est les grandes accolades, les bises… on ne pouvait pas rêver mieux ! Une sensation plus qu’intense s’empare de chacun de nous. Nous sommes heureux de vivre ces moments ensemble, c’est un aboutissement et certainement le début de quelque chose !
Maintenant, nous connaissons parfaitement le reste e la descente… facile ! Je reste avec Sandy derrière pour rappeler les cordes… à la sortie des gorges, encore une bonne surprise, la 2ème équipe avait pris notre dernière tablette de chocolat et nous la partageons.
Nous revenons tranquillement au camp avancé… la soirée est animée de discutions sur notre 1ère ! Oui, oui, nous venons de mettre une fessée à gloomy et ça fait plaisir car ce canyon reste majeur, très engagé, de toute beauté…
Le lendemain, nous plions le camp en arrivant à tout loger dans nos sacs. Pour changer nous avons chacun un « âne mort » sur le dos ! Cette vallée reste magnifique, le temps est au beau fixe… nous savons que ça y est l’expédition Aotearoa est fini d’un point de vu de l’ouverture de canyons, il nous faut maintenant manger comme des ogres, boires de la bière, plier le camp de base à Makarora, revenir tranquillement vers Christchurch, faire du tourisme normalement…

TexteGSHP